Lettre
de Martine Aubry à Pierre Mauroy, Président de la Fondation Jean
Jaurès :
Monsieur le Premier Ministre,
Alors que nous célébrons aujourd’hui les 150 ans de la naissance de
Jean Jaurès, je souhaite saluer sa mémoire en adressant un message à la
fondation qui perpétue son œuvre et porte son nom.
La pensée de Jaurès est universelle. La lecture de ses œuvres, de
ses discours et des innombrables articles publiés tout au long de sa
vie révèle toute l’actualité d’une pensée politique qui a su s’élever
au-dessus des contingences de l’histoire. Ses leçons sont aujourd’hui
plus que jamais d’actualité.
Plus que jamais, le Parti socialiste se réclame des grands combats
portés par Jaurès. Le combat ouvrier, qu’il n’abandonna plus après
l’expérience fondatrice pour lui de la défense des mineurs de Carmaux.
Le combat républicain avec la conviction centrale chez lui que le
socialisme passe d’abord par la défense et la promotion des valeurs
républicaines. Jaurès affirme que « c’est le socialisme seul qui
donnera à la Déclaration des droits de l’homme tout son sens et qui
réalisera le droit humain » en prolongeant la « République politique »
par la « République sociale ». La justice dont il fut un porte-parole
passionné, notamment à travers son engagement pour la réhabilitation du
capitaine Dreyfus. La laïcité, qui était pour lui « indivisible » de la
démocratie. La paix et l’internationalisme, qu’il considérait comme la
continuation du patriotisme.
Le Parti socialiste revendique aussi les grandes intuitions de celui
qui fut son fondateur. Lui qui parvint à faire l’unité de toutes les
composantes du socialisme français et réalisa leur synthèse. Cette
synthèse jaurésienne est aujourd’hui encore vivante. Elle est au
fondement de l’identité du Parti socialiste. Un parti non pas
monolithique mais qui s’enrichit d’une diversité vivante. Nous ne
l’oublions pas à l’heure où nous engageons une rénovation sans
précédent de notre parti.
La conviction que le socialisme et la liberté individuelle sont
complémentaires était un élément clef de cette synthèse et certainement
un de ses principaux apports doctrinaux. « Le socialisme est
l’affirmation suprême du droit individuel. Rien n’est au-dessus de
l’individu. » L’épanouissement de l’individu et l’action en faveur de
toutes les libertés réelles est au cœur de l’engagement socialiste. À
condition de comprendre que l’individu a besoin des solidarités
collectives pour être vraiment libre. Voilà une leçon que notre siècle
ferait bien de retenir. C’est une réflexion qui est au cœur de
l’offensive de civilisation que nous voulons conduire pour
« réconcilier l’humanité avec elle-même » comme le disait Jaurès.
Jaurès, c’était aussi un homme totalement désintéressé, qui toute sa
vie refusa les honneurs ou les récompenses. C’est l’honneur de la
politique et un exemple dont nous devons tous nous inspirer. N’est-ce
pas lui qui a écrit : « Le courage, c’est d’agir et de se donner aux
grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort
l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense » ?
Je pense aussi au grand orateur, l’homme du magistère de la parole,
qui savait enflammer les foules pour faire reculer les limites du
possible.
En ce jour anniversaire, j’invite tous les socialistes à lire Jaurès
et à méditer sur son œuvre, pour retrouver cette force capable de
déplacer des montagnes, cette énergie à la source de l’engagement
socialiste.
Je remercie la Fondation Jean Jaurès pour son action et je rends
hommage à ton engagement, cher Pierre, au service de la mémoire de
Jaurès. Par le travail intellectuel au service du progrès, la fondation
fait vivre ce qui fut au cœur de l’œuvre de Jaurès : la foi dans la
raison et la volonté de conjuguer l’idéal et le réel.
Avec mes amitiés socialistes,
Martine Aubry
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